Prédateur ! Mangeur d’hommes ! Monstre des mers !

Sa mauvaise réputation ne date pas de Spielberg. Des récits datant de l’antiquité font déjà mention de ces « monstres marins » en Méditerranée. Mais une telle crainte est-elle justifiée ou bien sommes-nous influencés par les fantasmes d’artistes et d’écrivains à la recherche du grand frisson ? La vérité est que nous sommes loin d’être une proie de choix pour eux.

Leur réputation d’animal agressif vient plutôt du caractère spectaculaire des attaques que de leur nombre : une dizaine d’attaques et cinq morts par an en moyenne, c’est très peu. Comparaison étonnante, les éléphants tuent environ 500 personnes par an, soit 50 fois plus que le requin ! Malgré cela, l’éléphant attire bien plus de sympathie que notre mal-aimé des mers. Notre méconnaissance des requins découle directement de ce manque d’empathie qu’il inspire, à tort. Et pourtant, les chiffres sont glaçants. 100 millions de requins tués chaque année, une diminution de leur population allant jusqu’à 90% (voir 99% chez certaines espèces ! ), une espèce sur deux menacées d’extinction en Méditerranée…

Plus glaçant encore : le shark-finning, la pêche aux ailerons. Pour une soupe aux ailerons de requin, les chinois sont prêt à payer très cher. En Extrême-Orient, ce plat est un signe de richesse et de puissance. On lui prête aussi de fausses vertus thérapeutiques dont aucune n’a été prouvée scientifiquement, voir même réfutée et cataloguée comme dangereuse pour l’Homme.

Concrètement, la pratique du shark-finning consiste à découper au couteau, sur le requin vivant, toutes ses nageoires avant de le rejeter à l’eau, le reste du corps n’ayant aucune valeur commerciale. Amputer de son moyen de se mouvoir, le requin sera condamné à mourir d’asphyxie, ne pouvant plus nager pour s’oxygéner. Vous avez dit « écœurant » ?

Malgré la prise de conscience de beaucoup d’états et l’interdiction du shark-finning dans leurs eaux, la pratique se fait en toute impunité dans les eaux internationales. Une véritable mafia s’est créée, rassemblant braconniers et crime organisé. La pêche aux ailerons est ainsi devenu le commerce le plus lucratif après celui de la drogue.

Alors oui, le requin est un super prédateur, le top de sa chaîne alimentaire même. Mais justement, cette position fait de lui le garant de l’équilibre des écosystèmes sous-marins. Sans lui, ce sont les prédateurs intermédiaires (proies usuelles du requin) qui prolifèrent, mettant ainsi en danger la population de nos petits poissons de récifs. Cela provoque inexorablement le déclin du récif corallien et la réduction du phytoplancton qui filtrent donc moins d’oxygène, avec toutes les conséquences que cela entraîne pour notre planète. C’est lui, le gardien de l’Océan.

Rencontrer pour mieux comprendre.

« Ma première plongée avec les requins, je suis inquiet à cause de l’image populaire et désastreuse du requin. Mais après un temps d’observation et d’expérience, on comprend que NOUS sommes les intrus dans leur monde, on est chez eux. Si nous sommes discrets et respectueux, tout se passera bien. A l’inverse, si nous sentons que nous ne sommes pas les bienvenus, il faut sortir de l’eau ! Cela, on l’apprend vite, et bien souvent par une petite frayeur. » Alexis Rosenfeld